Douala : un aéroport nouveau-né en 2028 pour 95 milliards

Le projet de métamorphose de la plateforme internationale camerounaise est lancé. Mais son calendrier serré et sa transparence interrogent.

Douala : un aéroport nouveau-né en 2028 pour 95 milliards

Douala, novembre 2023 – C’est un chantier d’une ampleur inédite qui va métamorphoser la porte d’entrée aérienne du Cameroun. Présenté le 12 novembre, l’avant-projet de rénovation et d’extension de l’aéroport international de Douala (AD) engage un investissement colossal de 95 milliards de FCFA. L’objectif est clair : porter la capacité de la plateforme de 1,5 à 2,5 millions de passagers par an d’ici juin 2028, pour en faire un hub régional conforme aux standards internationaux. Un projet ambitieux, financé majoritairement par l’Agence Française de Développement (AFD), mais qui soulève déjà des questions sur sa faisabilité et sa transparence.

Un plan ambitieux pour un hub régional

Le projet, qualifié de « stratégique » pour l'économie camerounaise et de la CEMAC, repose sur deux piliers principaux. Le premier concerne les infrastructures aéronautiques proprement dites. Une extension de 36 000 m² des chaussées est confiée au constructeur chinois CHEC, pour un montant de 10,4 milliards FCFA. Ce lot, qui doit être livré dans un délai de 12 mois, est présenté comme indispensable pour absorber la croissance du trafic aérien régional et international et désengorger une infrastructure régulièrement saturée.

Le second pilier, et le plus visible pour les voyageurs, est la modernisation complète de l’aérogare. Au programme : 20 000 m² réaménagés et 10 000 m² nouveaux de construits. Les passagers devraient ainsi découvrir dix nouvelles banques d’enregistrement, de nouveaux déclenchements (portes d’embarquement) et des dispositifs améliorés pour les personnes à mobilité réduite. L’objectif affiché par l’Aéroport de Douala (ADC) est d’offrir un terminal « plus fonctionnel et plus commercial », visant la norme IATA « C ».

Ambition affichée, défis persistants

Derrière le catalogue d’intentions et les promesses de modernité, plusieurs défis de taille persistent. Le premier est celui du calendrier. Le chantier de l’aérogare doit se dérouler sans fermeture de l’aéroport, un pari risqué dans un environnement opérationnel déjà fragile où la moindre perturbation peut amplifier les critiques récurrentes des usagers.

Le second défi est celui de la dépendance à un seul contractant étranger pour des lots critiques, une stratégie qui interroge les observateurs au vu des retards récurrents sur de précédents projets d’infrastructures. Enfin, la question de la transparence d’un marché aussi vaste est dans tous les esprits. Si l’accord de financement avec l’AFD (66 milliards FCFA) n’attend plus que sa signature, la préqualification des entreprises pour la rénovation de l’aérogare est toujours en cours, rappelant que le projet reste, pour l’instant, en amont de sa phase concrète.

En visant un niveau de sûreté de catégorie 7, Douala espère incontestablement redorer son blason et se repositionner face à la concurrence régionale. Reste désormais à l’Autorité aéroportuaire et aux pouvoirs publics de prouver que cette métamorphose annoncée se traduira par une exécution rigoureuse, respectueuse des délais et des deniers publics.