Crise au sommet : le Port de Douala, théâtre d’une guerre de clans

Le bras de fer autour du scanning au Port de Douala révèle une fracture inédite au sein de l’exécutif, défiant l’autorité présidentielle.

Crise au sommet : le Port de Douala, théâtre d’une guerre de clans

Le dossier du scanning au Port Autonome de Douala expose une crise de loyauté et des logiques de clans au sein du gouvernement camerounais, mettant en péril la souveraineté économique et l’autorité du Chef de l’État.

Quand l’État vacille : le PAD, miroir des tensions institutionnelles

Le Cameroun traverse une crise politique sans précédent, cristallisée autour du dossier stratégique du scanning au Port Autonome de Douala (PAD). Malgré une instruction présidentielle claire ordonnant le retrait de la société SGS au profit de Transatlantic D. SA, plusieurs membres du gouvernement semblent défier ouvertement la volonté du Chef de l’État, révélant une fracture profonde au sommet de l’appareil d’État.

SGS vs Transatlantic D. SA : un dossier explosif

Depuis le 1er janvier 2026, la gestion du scanning au PAD devait passer de SGS à Transatlantic D. SA, conformément à la décision présidentielle. Ce choix s’inscrit dans une politique de modernisation et de sécurisation des flux portuaires, avec un contrat BOT de 25 ans pour Transatlantic D. SA, garantissant l’installation de scanners de dernière génération et une redevance annuelle pour le port. Pourtant, la transition a viré à la crise institutionnelle : SGS, soutenue par le Ministère des Finances et la Primature, conteste la rupture de son contrat, créant une situation de double facturation et d’incertitude juridique .

Réunion sous tension et défiance ouverte

Le 29 janvier 2026, une réunion à la Primature sur la sécurisation du PAD a mis en lumière la défiance de certains membres du gouvernement. Malgré la confirmation écrite du Chef de l’État pour le départ de SGS, René Emmanuel Sadi, Ministre de la Communication, s’est présenté avec la direction de SGS, reléguant le Directeur Général du PAD au second plan. Cette scène illustre la confusion des rôles et la difficulté à faire appliquer les décisions présidentielles dans un contexte de rivalités internes .

René Sadi, figure d’ambiguïté politique

Le positionnement de René Sadi, à la fois ministre et proche de réseaux d’opposition, alimente les interrogations. Sadi, connu pour ses prises de position officielles en faveur du gouvernement, entretient aussi des liens notoires avec des figures contestataires comme Alice Nkom et a rendu hommage à l’opposant Anicet Ekane. Sa déclaration sur RFI en juillet 2025 évoquant un scénario présidentiel « 50/50 » a été perçue comme un signal de distanciation vis-à-vis de l’autorité centrale, accentuant le climat de suspicion et de rivalités au sein de l’exécutif .

La logique des clans : une menace pour la souveraineté

La crise du PAD n’est que la partie émergée d’un iceberg de tensions entre factions gouvernementales. Le Secrétaire Général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, incarne le camp présidentiel, tandis que la Primature et le Ministère des Finances s’alignent sur une logique de contestation, mettant en péril la cohérence de l’action publique . Cette guerre de clans, alimentée par des intérêts privés et des alliances de circonstance, place la souveraineté économique du Cameroun en otage et fragilise la gouvernance de l’État .

Enjeux et perspectives

Le bras de fer autour du scanning au Port de Douala révèle les failles de la gouvernance camerounaise, où la discipline institutionnelle cède le pas aux logiques de clans et aux intérêts privés. Cette crise met en lumière la nécessité d’une clarification des rôles et d’un renforcement de l’autorité présidentielle pour garantir la souveraineté économique et la stabilité institutionnelle du pays.