GUIDE PRATIQUE : Titrisation des créances — Comment transformer vos factures sur l’État en cash immédiat

GUIDE PRATIQUE : Titrisation des créances — Comment transformer vos factures sur l’État en cash immédiat

Par la Rédaction ENGO NEWS | Service Économie & Finances | Douala, le 24 janvier 2026

Pour de nombreuses PME camerounaises, détenir une créance sur l'État est une malédiction : le travail est fait, mais l'argent reste bloqué dans les couloirs du Trésor. Pourtant, il existe une issue technique : la titrisation. Ce mécanisme permet de transformer vos "bons de commande" impayés en titres financiers négociables auprès des banques. ENGO NEWS vous explique, étape par étape, comment libérer votre trésorerie.

Qu'est-ce que la titrisation des créances souveraines ?

La titrisation est une opération financière qui consiste, pour l'État, à reconnaître sa dette envers vous et à la transformer en "titres" (obligations ou billets de trésorerie). Au lieu d'attendre un virement hypothétique du Trésor, vous recevez un document officiel que vous pouvez revendre ou donner en garantie à une banque pour obtenir des liquidités immédiates.

Étape 1 : La reconnaissance et l'audit de la dette

Tout commence par la validation de votre créance. L'État ne titrise que les dettes dites « certaines, liquides et exigibles ».

  •  * La liasse documentaire : Vous devez disposer du Bon de Commande (BC), du Bon de Réception (BR) signé par l'administration bénéficiaire, et de la facture définitivement liquidée.
  •  * L'audit du MINFI : Périodiquement, le Ministère des Finances lance des audits de la dette intérieure. Assurez-vous que votre entreprise est inscrite sur les listes de "restes à payer" (RAP) validées par la Direction Générale du Budget.

Étape 2 : L'émission des titres (Obligations du Trésor)

Une fois la dette validée, l'État, via la Direction Générale du Trésor, émet des titres de créance.

  •  * Le mécanisme : L'État vous propose de substituer votre facture par des obligations ayant une maturité (durée) et un taux d'intérêt (coupon).
  •  * La valeur faciale : Si l'État vous doit 100 millions de FCFA, il vous remet des titres d'une valeur totale de 100 millions.

Étape 3 : Le "Rachat" par la banque (Le rachat de créance)

C'est ici que vous obtenez votre argent. Muni de vos titres officiels, vous vous rendez auprès de votre partenaire bancaire (Société Générale, Afriland, BICEC, etc.).

  •  * L'escompte : La banque rachète vos titres. En échange de l'argent frais qu'elle vous donne immédiatement, elle prélève une commission ou une décote (appelée "haircut").
  •  * Exemple : Pour un titre de 100 millions, la banque vous verse 92 millions immédiatement et garde les 8 millions restants comme rémunération pour l'attente du remboursement final par l'État.

Étape 4 : La garantie pour de nouveaux crédits

Si vous ne souhaitez pas vendre vos titres à perte, vous pouvez les utiliser comme nantissement (collatéral).

 * Le levier : Vous déposez vos titres en garantie à la banque. Grâce à cette garantie souveraine (considérée comme très sûre par les banques), vous pouvez obtenir un prêt de campagne ou une ligne de découvert à des taux d'intérêt bien plus avantageux que si vous n'aviez aucune garantie.

Les 3 conseils d'or d'ENGO NEWS pour les entrepreneurs

  •  * Surveillez les communiqués du MINFI : Les opérations de titrisation ne sont pas permanentes. Elles sont lancées par vagues. Soyez prêts dès l'annonce d'un nouvel audit de la dette intérieure.
  •  * Soignez votre comptabilité : Une facture mal classée ou un Bon de Réception sans cachet officiel disqualifie d'office votre créance pour la titrisation.
  •  * Négociez le taux d'escompte : Toutes les banques n'appliquent pas la même décote. Faites jouer la concurrence entre les établissements de la place de pour récupérer le maximum de cash.

L’Œil de la Rédaction

La titrisation est le seul moyen de briser l'asphyxie financière des PME. Certes, l'entrepreneur perd un petit pourcentage (la décote bancaire), mais il regagne sa capacité à payer ses employés, à acheter de la matière première et à soumissionner pour de nouveaux marchés. C'est le prix de la survie dans une économie où le temps, c'est de l'argent.

Sources juridiques :

 * Actes Uniformes OHADA sur le Droit Commercial.

 * Circulaires du MINFI sur la gestion de la dette intérieure camerounaise.

 * Réglementations de la BEAC sur le refinancement des créances souveraines.