FINANCE : Le « Mur de Verre » de la BVMAC ou le hold-up des banques sur l’épargne camerounaise

FINANCE : Le « Mur de Verre » de la BVMAC ou le hold-up des banques sur l’épargne camerounaise
BVMAC

Par la Rédaction ENGO NEWS | Douala, le 11 janvier 2026

Le paradoxe financier camerounais atteint son paroxysme en ce début d’année 2026. Alors que la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) affiche une capitalisation boursière flottant autour des 500 milliards de FCFA , les PME locales, poumon de l’économie avec plus de 90 % du tissu industriel, brillent par leur absence. Pendant que les banques voient leur capital social minimum bondir à 27 milliards de FCFA (45 millions USD) sous le couperet de la COBAC , le marché financier unifié semble n’être qu’un club privé pour multinationales.

La surliquidité bancaire : un réservoir sous haute surveillance

Le système bancaire de la zone CEMAC est assis sur un trésor : une surliquidité estimée à plus de 2 500 milliards de FCFA . Pourtant, cet argent ne ruisselle pas vers le marché financier.

Pour les PME camerounaises, l’accès à la cote reste un parcours du combattant. Le coût d’introduction en bourse (frais de conseil, commissariat aux comptes, frais de dossier de la COSUMAF) peut représenter jusqu’à 5 % à 7 % du montant levé . Un ticket d'entrée prohibitif face à la "gratuité" apparente des circuits informels.

Le "Hold-up" sur l'épargne longue : Pourquoi les banques freinent

L'angle mort de cette situation est structurel. Les banques commerciales, en pleine course pour atteindre leur nouveau plancher de capital de 27 milliards de FCFA, ont tout intérêt à conserver les dépôts de leurs clients plutôt qu'à les voir migrer vers des actions ou des obligations en bourse.

« Chaque franc qui va à la BVMAC est un franc de moins dans le bilan d'une banque pour satisfaire ses ratios de solvabilité », confie un analyste financier à Douala. En conséquence, les banques privilégient le crédit à court terme avec des taux d'intérêt oscillant entre 12 % et 15 % pour les PME, contre des taux de 6 % à 7 % sur le marché obligataire . Le marché financier est ainsi maintenu dans l'ombre par un secteur bancaire en mode survie réglementaire.

La Tontine : Le "Shadow Banking" qui défie la Bourse

Face à ce mur, la résistance s'organise dans le secteur informel. Au Cameroun, la finance tontinière pèse environ 190 milliards de FCFA par an .

Pourquoi ce succès persistant malgré l'existence d'un marché boursier moderne ?

  •  * La flexibilité radicale : Là où la BVMAC exige trois ans de bilans certifiés conformes aux normes SYSCOHADA révisées, la tontine repose sur le capital social de la confiance.
  •  * La vitesse de décaissement : Une levée de fonds via un appel public à l'épargne prend entre 6 et 9 mois ; une tontine "tournante" ou "à enchères" se règle en une soirée.
  •  * Le coût fiscal : La bourse expose la PME à une transparence fiscale totale, alors que la tontine permet une gestion de trésorerie hors des radars de l'administration, dans un pays où la pression fiscale sur les entreprises formelles est jugée parmi les plus élevées de la sous-région.

La Bataille de l'Ombre : Vers un choc de modèles

Le relèvement du capital des banques par la COBAC pourrait paradoxalement être l'étincelle d'un changement. Pour atteindre ces 27 milliards de FCFA, certaines banques moyennes pourraient être contraintes de s'introduire elles-mêmes en bourse pour lever des fonds, brisant ainsi le tabou de la cotation.

Cependant, le défi reste la "tontinisation" de la bourse. Des initiatives comme le Crowdfunding (financement participatif), dont le cadre réglementaire a été récemment esquissé par la COSUMAF, tentent de créer un pont. Mais tant que le coût de la transparence restera supérieur au coût de l'informel, le marché financier de la CEMAC restera une vitrine sans clients.

L'Œil de la Rédaction 

La BVMAC ne souffre pas d'un manque d'argent, elle souffre d'un manque de proximité. En ignorant les mécanismes psychologiques et culturels de l'épargne locale (la tontine), les régulateurs ont construit une cathédrale dans le désert. La véritable émergence financière passera par une baisse drastique des frais de cotation et une amnistie fiscale pour les PME acceptant de franchir le pas de la transparence.

Sources consultées :

 * Règlementations COBAC et COSUMAF 2024-2026.

 * Rapports annuels d'activité de la BVMAC.

 * Enquêtes de conjoncture du GECAM (ex-GICAM).

 * Statistiques de la BEAC sur la surliquidité bancaire.