GRAND DOSSIER : Le Big-Bang Bancaire au Cameroun — Vers une consolidation forcée à 27 milliards

GRAND DOSSIER : Le Big-Bang Bancaire au Cameroun — Vers une consolidation forcée à 27 milliards

Par la Rédaction ENGO NEWS | Douala, le 11 janvier 2026

L'information, qui circulait jusqu'ici sous forme de rumeur dans les salons feutrés de Douala et Libreville, est désormais gravée dans le marbre réglementaire. La COBAC (Commission Bancaire de l’Afrique Centrale) a acté la révision à la hausse du capital social minimum des établissements de crédit. Ce nouveau seuil, fixé à 25 milliards de FCFA pour le plancher commun et grimpant à 27 milliards de FCFA (environ 45 millions USD) pour les institutions d’importance systémique, signe l’acte de décès de la « petite banque de quartier ».

Entre stress-tests, négociations secrètes à Bonanjo et menaces de fusions forcées, ENGO NEWS a enquêté sur les coulisses de ce séisme financier.

Le cadre légal : La marche forcée vers 2029

La réforme repose sur le Règlement COBAC R-2025/02, adopté lors de la session extraordinaire du 10 décembre 2025 à Libreville. Ce texte abroge les dispositions de 2009 et s'intègre dans le Plan Stratégique OWALI 2025-2029. 

L'objectif est clair : aligner la CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale) sur les standards internationaux de Bâle II et III pour renforcer la résilience du système bancaire face aux chocs mondiaux 

Le régulateur impose une montée en puissance progressive. Dès le 31 décembre 2026, les banques devront justifier de 14 milliards de FCFA de capital, pour atteindre le palier final fin 2029. Pour les nouveaux entrants sollicitant un agrément après le 1er janvier 2026, la libération des 25 milliards doit être intégrale et immédiate. 

En outre, le régulateur a durci les enquêtes de moralité sur l'origine des fonds afin d'empêcher tout blanchiment d'argent 

Stress-Test : Qui sont les rescapés et les vulnérables ?

Selon le Baromètre Invest-Time de décembre 2025, près de 80 % des banques opérant au Cameroun ne respectent pas encore ce nouveau seuil. Une fracture nette se dessine entre trois catégories d'acteurs.

Le Peloton de Tête : Pour eux, le nouveau plancher est une formalité.

Afriland First Bank, leader du marché, affiche déjà un capital social de 50 milliards de FCFA . Elle est suivie par la Société Générale Cameroun (SGC) et la BICEC (Banque Internationale du Cameroun pour l'Épargne et le Crédit, Groupe BCP), qui dépassent toutes deux les 28 milliards de FCFA. La SCB Cameroun (Société Commerciale de Banque, Groupe Attijariwafa Bank) a également anticipé la réforme avec un capital de 25,4 milliards.

Les Conformistes en mutation : La Régionale Bank illustre la réussite de l'arbitrage vers la BVMAC (Bourse des Valeurs Mobilières de l'Afrique Centrale). Grâce à sa cotation, elle a porté son capital à 15 milliards et prévoit d'atteindre les 25 milliards d'ici 2028 par appels publics à l'épargne . De son côté, UBA Cameroon (United Bank for Africa) bénéficie du soutien massif de sa maison-mère nigériane.

La Zone de Turbulence : Le risque de disparition est maximal pour les « Unit Banques » créées récemment et dont le capital stagne entre 10 et 12 milliards. La CBC (Commercial Bank-Cameroon), bien qu'en redressement, doit encore muscler ses fonds propres pour s'aligner sur le standard systémique . Quant à NFC Bank (National Financial Credit) et UBC (Union Bank of Cameroon), elles sont les candidates naturelles à une consolidation forcée.

Dans le secret des fusions : Le mercato de Douala

Dans le quartier des affaires d'Akwa et de Bonanjo, les banques d'affaires orchestrent des mariages de raison. L'État du Cameroun cherche activement à se désengager de la CBC. Des sources proches du MINFI (Ministère des Finances) font état de discussions avec le groupe marocain BCP (Banque Centrale Populaire) et le nigérian Access Bank.

Un autre pôle pourrait naître de la fusion entre NFC Bank et UBC. Un cadre de la COBAC nous confirme que le régulateur ne tolérera plus de banques sous perfusion : si le plan de fusion n'est pas scellé avant juin 2026, la liquidation sera l'unique option.

Parallèlement, les géants nigérians comme Zenith Bank et First Bank of Nigeria sont en embuscade. Leurs fonds propres ayant été relevés à des niveaux stratosphériques au Nigeria (500 milliards de Nairas), ils cherchent à racheter des licences locales au Cameroun pour se diversifier . Enfin, une tendance de « bancassurance » émerge : des assureurs comme le groupe Activa étudieraient des prises de participation dans des banques pour mutualiser les coûts de mise en conformité .

L'Angle Mort : Le choc des établissements financiers

Il ne faut pas oublier les établissements financiers de niche (crédit-bail, affacturage). Le passage de leur capital minimum à 4 milliards de FCFA va provoquer l'élimination de près de la moitié des petits acteurs, souvent incapables de mobiliser de tels fonds auprès d'actionnaires familiaux .

L’Œil de la Rédaction 

En plus de deux décennies de métier sur la place de Douala, nous n'avons jamais observé une telle pression. Ce ne sont plus les banquiers qui décident, ce sont les ratios de solvabilité. Ce relèvement de capital place la CEMAC au-dessus de l'UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine), dont le plancher est de 20 milliards. C’est un signal de solidité envoyé aux investisseurs internationaux, mais c’est aussi un risque de concentration qui pourrait, à court terme, réduire l'offre de crédit pour les PME (Petites et Moyennes Entreprises) les plus fragiles.

Sources consolidées pour ce dossier :

 * Règlements COBAC R-2025/02 et R-2024/01.

 * Rapports d'activité 2024/2025 des établissements cités.

 * Bulletins de la BVMAC et de la COSUMAF (Commission de Surveillance du Marché Financier de l'Afrique Centrale).

 * Entretiens confidentiels au Secrétariat Général de la COBAC à Libreville.

 * Analystes banques & assurances des cabinets Deloitte et KPMG Douala.