INVESTISSEMENTS : Qui sont les "Golden Boys" de l'AgriTech qui connectent le Cameroun au Nigeria ?
Par la Rédaction ENGO NEWS | Douala, le 11 janvier 2026
Derrière chaque tonne de cacao transformé qui traverse la frontière à Ekok-Mfum se cache une bataille de capitaux. En 2025, le secteur de l'AgriTech et de la Log-Tech en Afrique centrale a capté plus de 120 millions de dollars en capital-risque . Ces levées de fonds, réalisées auprès de fonds basés à Londres, Île Maurice ou dans la Silicon Valley, ne financent plus seulement des applications, mais de véritables infrastructures invisibles.
Les nouveaux architectes du corridor : Des profils hybrides
L'enquête d'ENGO NEWS révèle que les fondateurs de ces startups partagent un profil commun : souvent issus de la diaspora camerounaise avec une expérience chez des géants comme Amazon ou Maersk, ils maîtrisent l'art de "pitcher" la logistique africaine comme un actif technologique.
- * Les Agrégateurs de Flux : Des structures comme Jangolo ou les successeurs de ZayRide ne se contentent plus de l'intermédiation. Ils lèvent des fonds pour sécuriser des flottes de camions frigorifiques connectés. En 2025, une levée de fonds de 15 millions de dollars en série A a été enregistrée pour une plateforme de gestion de fret transfrontalier basée à Douala .
- * Les Fintechs de la chaîne de valeur : Pour livrer le Nigeria, il faut gérer la volatilité du Naira. Des startups spécialisées dans le "Trade Finance" permettent aux exportateurs camerounais de recevoir leurs paiements en devises stables (Stablecoins ou Dollars) via des protocoles de finance décentralisée, contournant les délais bancaires qui peuvent atteindre 5 à 10 jours pour un virement international
Pourquoi les fonds internationaux parient sur l'axe Douala-Lagos ?
L'attractivité de ce corridor repose sur un chiffre clé : le coût logistique en Afrique représente encore 40 % à 60 % du prix des denrées alimentaires, contre seulement 6 % aux États-Unis .
« Réduire l'inefficacité logistique entre le Cameroun et le Nigeria est le gisement de profit le plus important de la décennie », explique un gestionnaire de fonds chez Partech Africa. En optimisant le remplissage des camions au retour (le "backhauling") — par exemple en ramenant des produits manufacturés nigérians vers le Cameroun — ces startups affichent des marges opérationnelles supérieures à 25 % .
Le rôle pivot de la ZLECAF et du "Venture Capital"
L'entrée en vigueur effective des protocoles de la ZLECAF a agi comme un accélérateur. Les fonds de capital-risque considèrent désormais le Cameroun non plus comme un marché de 28 millions d'habitants, mais comme la porte d'entrée d'un hinterland de 400 millions de personnes si l'on inclut le Tchad et le Nigeria voisin.
Cette dynamique de financement a permis l'émergence de "Hubs de Transformation Intelligente" dans la zone industrielle de Kribi et aux abords de Bamenda. Ces unités de transformation, financées par du capital-investissement mixte (privé international / local), intègrent des capteurs IoT (Internet des Objets) pour garantir au client nigérian une traçabilité totale "de la plantation au rayon" .
Les défis de la "Souveraineté des Données"
L'enquête souligne toutefois un bémol : la dépendance envers les capitaux étrangers pose la question de la propriété des données agricoles. « Celui qui finance la plateforme possède les données sur les rendements, les prix et les flux. C'est le pétrole de demain », prévient un expert de l'ANTIC (Agence Nationale des Technologies de l'Information et de la Communication).
L'Œil de la Rédaction
L'AgriTech camerounaise n'est plus au stade de l'expérimentation. Elle est devenue le bras armé financier d'une conquête commerciale. En attirant des capitaux internationaux, ces startups forcent la modernisation des infrastructures que l'État, seul, peinait à achever. Le corridor Cameroun-Nigeria est en passe de devenir le laboratoire mondial de la logistique dématérialisée.
Sources consultées :
- * Briter Bridges - Investment Trends in Central Africa 2025.
- * Statistiques de la BEAC sur les flux de capitaux Tech.
- * Rapports de la FAO sur les coûts logistiques en Afrique Subsaharienne.
- * Entrevues confidentielles avec des gestionnaires de fonds (Venture Capital).



Sandrine Mballa 






