SOUVERAINETÉ ÉNERGÉTIQUE : L'exode solaire des industriels camerounais, le nouveau défi de l'État

SOUVERAINETÉ ÉNERGÉTIQUE : L'exode solaire des industriels camerounais, le nouveau défi de l'État

Par la Rédaction ENGO NEWS | Douala, le 11 janvier 2026

Face aux défaillances structurelles du réseau de transport géré par la SONATREL et à l'instabilité chronique qui coûte jusqu'à 2 % du chiffre d'affaires annuel aux entreprises manufacturières , les capitaines d'industrie du Cameroun ont décidé de ne plus attendre. De Douala à Bafoussam, un mouvement de « déconnexion stratégique » s’opère : l’autoproduction solaire photovoltaïque s'impose désormais comme le rempart ultime pour protéger la rentabilité du Made in Cameroon.

L’autoconsommation : Un investissement de survie rentabilisé en 5 ans

Le calcul est purement arithmétique. Alors que le coût du kilowattheure thermique (groupes électrogènes au gasoil) s'envole entre 220 et 250 FCFA (Source : Audit de compétitivité industrielle, 2025), le coût nivelé de l’énergie (LCOE) solaire est tombé sous la barre des 55 FCFA le kWh au Cameroun .

« Investir dans une centrale solaire n'est plus une démarche écologique, c'est une décision de survie financière », explique un industriel basé dans la zone industrielle de Bassa. Pour une usine consommant 1 MW, le retour sur investissement d'une centrale hybride (Solaire + Stockage) se situe désormais entre 4,5 et 6 ans , pour une durée de vie des équipements de 25 ans.

Les pionniers du "Solar-as-a-Service"

L'enquête d'ENGO NEWS révèle que les industriels ne financent plus nécessairement ces centrales sur leurs propres fonds. Un nouveau modèle économique émerge : le Leasing Solaire ou le PPA (Power Purchase Agreement) privé.

Des entreprises comme Cimtogo ou des filiales de multinationales agroalimentaires signent des contrats avec des prestataires spécialisés (tels que CrossBoundary Energy ou Daystar Power). Ces derniers installent, opèrent et maintiennent la centrale solaire sur le site de l'usine. L'industriel se contente d'acheter l'électricité produite à un tarif inférieur de 15 % à 20 % à celui du réseau national .

Un "maquis énergétique" face à la réglementation

Le cadre législatif camerounais, régi par la Loi de 2011 sur le secteur de l'électricité (modifiée en 2023), autorise l'autoproduction, mais limite la revente du surplus au réseau national, ce qui freine encore certains projets de grande envergure.

Cependant, la pression est telle que l’ARSEL (Agence de Régulation du Secteur de l’Électricité) observe une explosion des demandes d’autorisation pour des capacités supérieures à 1 MW. 

En 2025, le cumul des capacités d'autoproduction industrielle déclarées a franchi la barre des 150 MW, soit l'équivalent d'une centrale hydroélectrique de taille moyenne .

L'impact sur la SONATREL et Eneo : La spirale du "Death Spiral" ?

Ce mouvement d’autonomie pose un défi existentiel aux opérateurs historiques. En se "déconnectant" partiellement pour leurs besoins de jour, les industriels — qui sont les clients les plus rentables du réseau (les "Gros Comptes") — réduisent les revenus de la filière électrique publique.

  •  * Le Paradoxe : Moins les industriels consomment sur le réseau, moins les opérateurs ont de ressources pour moderniser les lignes de transport de la SONATREL, ce qui dégrade encore la qualité du courant et pousse d'autres entreprises vers le solaire.
  •  * Risque financier : Le manque à gagner pour le secteur électrique camerounais dû à l'autoproduction industrielle est estimé à 45 milliards de FCFA par an d'ici 2027 .

L’Œil de la Rédaction 

L'exode solaire est le symptôme d'une rupture de contrat entre l'État et ses industriels. En échouant à acheminer l'énergie de Nachtigal de manière stable, le système public pousse ses champions vers l'autarcie. Si cette tendance assure la survie des entreprises individuelles, elle menace l'équilibre financier de l'ensemble du système électrique national. Pour 2026, l'enjeu ne sera plus de produire de l'énergie, mais de convaincre les industriels que le réseau public peut redevenir un partenaire plus fiable que leurs propres toitures.

Sources consultées :

 * Rapports annuels d'Eneo et ARSEL (2024-2025).

 * IRENA - Renewable Power Generation Costs in 2025.

 * Enquêtes de terrain auprès des entreprises de la zone industrielle de Douala-Bassa et Bonabéri.

 * Projets de décarbonation industrielle de la Banque Africaine de Développement (BAD).