ENQUÊTE EXCLUSIVE : Le "Cercle des Impayés" — Comment la dette intérieure de 671 milliards asphyxie le Cameroun profond

ENQUÊTE EXCLUSIVE : Le "Cercle des Impayés" — Comment la dette intérieure de 671 milliards asphyxie le Cameroun profond

Par la Rédaction NOUVELLES DES ONGE | Enquête Spéciale | Yaoundé, le 24 janvier 2026

Derrière les gros titres sur les 180 milliards des multinationales françaises se cachent une réalité plus sombre : une dette intérieure totale réalisée à 671,7 milliards de FCFA. Si Paris s'inquiète pour ses fleurons (NHPC, Tollcam, TotalEnergies), des milliers de PME camerounaises sont déjà en état de mort clinique. Des salaires non versés aux chantiers scolaires abandonnés, l'ardoise de l'État n'est plus un simple chiffre comptable, c'est une pièce ouverte dans le quotidien des Camerounais. ENGO NEWS a été interrogé sur cette réaction en chaîne qui paralyse le pays.

La PME Camerounaise : La "variable d'ajustement" sacrifiée

Tandis que les grands groupes internationaux bénéficient de leviers diplomatiques pour faire pression au sommet de l'État, la PME locale de Bafoussam ou de Garoua subit le silence assourdissant des guichets du Trésor.

Selon les derniers audits du ministère des Finances (MINFI), des centaines de prestataires de services attendant le paiement de factures datant parfois de 2022 ou 2023.

  •  * L'effet domino : Lorsqu'un entrepreneur en BTP ne perçoit pas son paiement pour la réfection d'une route rurale, il cesse de payer ses ouvriers, ses fournisseurs de matériaux et ses impôts.
  •  * Le chômage technique invisible : On estime à plusieurs dizaines de milliers le nombre d'emplois précaires perdus chaque année à cause de ces retards. Pour le Camerounais moyen, cela signifie un père de famille qui rentre les mains vides, incapable de payer la scolarité ou les soins médicaux.

Services publics en souffrance : Quand la dette coupe le courant et l'eau

L'une des incidences les plus violentes de cette dette intérieure concerne le secteur de l'énergie. L'État doit des sommes colossales à Eneo, qui à son tour doit des milliards à ses fournisseurs comme KPDC ou le nouveau barrage de Nachtigal (NHPC).

  •  * La qualité de vie dans le noir : Ce triangle de la dette se traduit par des délestages prolongés. Le commerçant qui voit son stock de poisson pourrir dans le congélateur ou l'étudiant qui ne peut réviser le soir sont les victimes directes de l'incapacité de l'État à honorer ses engagements financiers.
  •  * Accès à l'eau : Le scénario est identique pour la Camwater. Les retards de paiement des factures d'eau par les administrations publiques limitent la capacité de l'entreprise à acheter les produits de traitement ou à entretenir le réseau, privé des quartiers entiers d'eau potable.

L'asphyxie bancaire ou "L'effet d'éviction"

Pour tenter d'apurer cette dette, l'État s'est lancé dans un programme d'emprunt massif de 1 650 milliards de FCFA sur le marché financier local en 2026.

 * Conséquence pour le citoyen : Les banques commerciales préfèrent prêter leurs liquidités à l'État (qui offre des taux attractifs et une garantie souveraine) plutôt qu'aux particuliers ou aux PME.

 * Le crédit impossible : Pour le Camerounais qui souhaite construire une maison ou l'entrepreneur qui veut lancer une unité de transformation, obtenir un crédit est devenu un parcours du combattant. Les taux d'intérêt grimpent et les conditions se durcissent, freinant toute initiative privée.

Pourquoi l'apurement promis par le MINFI peine à se ressentir ?

Bien que Louis Paul Motaze ait annoncé l'injection de 485,4 milliards de FCFA spécifiquement pour l'apurement des impayés cette année, le sentiment de précarité persiste. La cause ? Le "tri sélectif" des créances.

Sous la pression du FMI et des partenaires bilatéraux (France, Chine), l'État privilégie souvent le remboursement de la dette extérieure ou des "dettes stratégiques" liées aux grands projets. La "petite dette" (meubles de bureau, petits travaux de voirie, services de gardiennage) reste en file d'attente du peloton, condamnant les artisans locaux à la faillite.

L'Œil de la Rédaction ACTUALITÉS ONGE

La dette intérieure du Cameroun est un poison prêté. Elle ne provoque pas de défaut de paiement spectaculaire aux yeux du monde, mais elle dégrade, jour après jour, la confiance entre l'État et ses citoyens. Chaque facture impayée à une PME est une brique en moins dans l'édifice de la croissance nationale.

Le patriotisme économique ne se décrète pas, il se finance. Tant que la signature de l'État ne sera pas une garantie absolue pour le petit commerçant de Douala, la qualité de vie des Camerounais restera suspendue aux décisions budgétaires de Yaoundé.

Fabrice SIEWE 

Sources et documents de référence :

 * Rapport d'audit sur les arrivées intérieures, MINFI (décembre 2025).

 * Note de conjoncture de la BEAC (Banque des États de l'Afrique Centrale).

 * Enquêtes de terrain auprès des syndicats de PME du Cameroun.

 * Loi de Finances 2026 du Cameroun.